Mercredi dernier, notre prof de médias nous avait conseillé d'être présent vendredi car il y aurait un "guest course", un cours donné par un invité du prof. Devant la mine vide des élèves qui se font de moins en moins nombreux (et de plus en plus nombreux cachés derrière leur PC à faire tout autre chose que suivre le cours), il a ajouté qu'il ferait passer une feuille vendredi et donnerait des points en plus à tous ceux présents, histoire d'honorer la présence de son invité! Là, j'ai senti une cinquantaine de paires d'oreilles daigner être dérangées pendant leur visite sur youtube ou facebook...
La personne qui nous a donné ce "cours" vendredi est un journaliste assez réputé ici aux USA (Jonathan S. Landay). Il travaille pour l'une des plus grandes agences de presse américaine, qui possède de nombreux journaux, notamment le Washington Post. C'est un reporter qui a parcouru le monde et couvert les sujets les plus épineux de ces dernières années: la chute de l'URSS, la guerre du Golf, et plus dernièrement, les Talibans, les terroristes, et la guerre en Irak. Un beau parcours à son actif, mais précisons que c'était la première fois qu'il venait dans une région aussi reculée et dangereuse que le Wyoming...!
Son intervention a été au départ un peu égocentrique, je crois qu'ici ils aiment bien justifier de la raison pour laquelle ils sont devant nous. Il nous a donc retracé son parcours.
Au milieu du cours, c'était assez dur de comprendre où il voulait en venir, il n'avait dit pour le moment que des banalités.
Puis, il nous a dit qu'il allait nous souligner l'extrême importance d'une presse libre dans une démocratie. Il a posé deux questions: " Qui, dans cette salle, sait ce que veut dire le mot "détention secrète (=Rendition)"? Et, "qui, dans cette salle, sait ce que signifie le mot "waterboiling"?
A la première question, 5 personnes, dont moi (pour avoir vu le film "Rendition", dont j'ai d'ailleurs parlé sur ce blog), ont levé la main. La détention secrète désigne une action illégale présumée de la CIA, qui consiste à enlever des personnes et à les transporter clandestinement dans des pays où la torture est pratiquée afin d'y être interrogé; ou dans des bases américaines hors du territoire des États-Unis (aussi appelées «black sites, sites noirs »). Cela a donné des exemples où des innocents portant le même nom que de supposés terroristes se sont fait torturés pour rien.
A la deuxième question, un gars a levé la main, et encore, peut-être a-t-il pensé à la dernière fois où il a fait cuire des pâtes,
waterboiling signifiant
ébullition. C'est un terme que je n'ai d'ailleurs pas trouvé sur internet, mais qui désigne tout un spectre de tortures toutes plus immondes les unes que les autres. Si le mot "spectre" vous sonne une cloche comme on dit ici, c'est probablement parce qu'on l'a associé à la prison
d'Abu Ghraib, petite photo pour vous
rafraîchir la mémoire:

Ce que l'on peut dire, c'est qu'en tout cas, ici au
Wyoming, personne ne connaît ces termes. Notre "invité" a d'ailleurs déclaré que nous devrions tous les connaître.
C'est ensuite que son intervention est devenue vraiment scotchante, quand il nous a démontré pourquoi, selon lui et les preuves qu'il avait recueilli, le gouvernement américain avait inventé de toutes pièces l'histoire prétextant l'intervention militaire en Irak, c'est-à-dire le fait que Saddam (comme tout le monde l'appelle ici), était probablement en possession d'armes de destruction massive, ou sur le point d'en fabriquer. Il a notamment raconté cette histoire d'une livraison vers l'Irak interceptée par les Américains, et qui contenait une grande quantité de tubes d'aluminium, qui, selon les autorités américaines, ne pouvaient être destinées qu'à l'utilisation en centrifugeuse nucléaire. Après des tests par les laboratoires américains eux-mêmes, il s'est avéré que ce fameux aluminium se désintégrait et qu'il était impossible qu'il soit utilisé dans une centrifugeuse. Ces résultats ont été étouffés. Comme, d'après ce reporter, beaucoup d'autres éléments détruisant l'argument principal du gouvernement américain pour aller combattre en Irak.
J'ai observé les réactions dans la salle à mesure que son discours se faisait clairement contre la non-réaction de la presse américaine qui s'est contentée de répéter les messages gouvernementaux et ne s'est pas posée la question de la vérité, et contre le gouvernement Bush qui a sacrifié une partie de la jeunesse Américaine. J'ai été assez effarée en voyant que les visages devant moi étaient à peu près les mêmes que ceux que j'avais vus mercredi: vides.
Toujours est-il que quand notre invité a fini son intervention en posant cette question: "Et si les journalistes avaient fait leur travail comme j'ai tenté de le faire, est-ce que nous serions en Irak actuellement? Est-ce que des gens de vos âges auraient été épargnés?", la salle l'a applaudi chaudement. Politesse ou étincelle de révolte? Je ne saurais pas dire.
Personnellement, je suis sortie de ce cours mal à l'aise, mais fière de la réaction de la France à l'époque où on a tenu tête au gouvernement Américain. Notre prof a vraiment eu une bonne idée de vouloir ouvrir un peu l'esprit de ses élèves. Dommage qu'il ait été obligé de le faire en agitant une carotte sous le nez des ânes...!
3 commentaires:
Ca ne m'étonne pas du gouvernement américain! Ils ont toujours un prétexte quand ils s'agit d'argent (pétrole!)et ils mentent à tout le monde...
Le plus dingue, c'est que les Américains s'en foutent... On se demande vraiment pourquoi ils sont à l'université, vu l'éveil de leur cerveau... Finalement Bush a raison de leur mentir puisqu'ils ne remarquent rien...!
Il ne faut pas généraliser non plus. Mais c'est vrai que le manque de réaction de cette audience est dommage. Après, pour être venu à Saint Louis en 2003, j'ai pu constater que certains Américains étaient depuis le début opposés à cette guerre, et ils l'affichaient ouvertement (notamment avec des pancartes plantées devant les maisons, disant "Your war is not our war").
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